Mardi 22 Avril 2008

La science mécanique est entrée dans les contes orientaux comme élément de merveilleux , et elle y est représentée par quelques jolis épisodes dont deux ou trois méritent d`être notés. Telle est dans Firdaousi la description d`un automate imitant une princesse qui pleure(1) : " de temps en temps elle lève une main et essuie une larme sur son cil ... Les larmes qu`elle verse suive toujours le même cours, et sa main revient toujours se poser sur sa cuisse du même côté". L`empereur de Roum a fait construire cette image pour surprendre le prince persan Gustechem. Celui- ci lui tient des discours pour essayer de le consoler; puis, voyant qu`elle ne répond pas, il finit par conclure qu`elle n`est qu`un corps sans vie et un «artifice des philosophes».

Bien connu est le cheval volant des Milles et une Nuits qui reparaît  dans nos légendes d`Occident sous le nom de cheval de Pacolet. Ce n`est pas un animal fabuleux, ni un produit de la magie: Il est nettement présenté comme une construction mécanique. Au premier abord, on le prend pour un cheval véritable; en fait, il est imité. On le met en mouvement en tournant une cheville qui ressort un peu au défaut du cou. On le ramène à terre en  tournant une autre plus petite, située près de l`oreille droite. Il n`y a pas de doute; c`est un automate; il ne descend pas de Pégasse; il est de la même famille que le pigeon d`Archytas de tarente.

Un autre précurseur de l`aéroplane paraît dans un compte des Milles et un jours; le coffre volant (2). Son caractère mécanique ne peut donner lieu à aucune hésitation. Le coffre est en forme d`oiseau; il a trois pieds de long sur quatre de large. On s`y tient assis. Il est pourvu d`ailes, la machinerie est composée de roues, de ressorts. «Le sixième jours, le coffre se trouvant achevé, on le couvrit d`un tapis de perse et on le porta dans la campagne.» Son possesseur s`y étant assis, «toucha un ressort»; l`appareil aussitôt «s`éleva de terre et fendit les airs avec une vitesse incroyable».

Le constructeur apprend à Malek à le diriger; en tournant cette vis, vous irez à droite; en tournant celle-ci, vous irez à gauche. En touchant ce ressort vous monterez; en touchant celui-là, vous descendrez.-«effectivement le coffre, obéissant à ma main, raconte Maklek, il allait comme il me plaisait.» Il surpassa la vitesse des vents. Son acquéreur l`emploie, comme il convient dans un conte, à aller visiter, dans un palais entouré de murailles et de fossés profonds, une princesse qui y est retenue par la rigueur soupçonneuse de son père. Il se fait passer pour Mahomet, un Mahomet très rajeuni. Il défend ensuite le roi en jetant du haut du coffre, des pierres sur les ennemis qui viennent l`assalllir; puis il se sert de la machine pour produire dans l`air un magnifique feu d`artifice. Le coffre à une fin bien conforme à sa nature; Un jour que son possesseur était allé faire des courses en ville, ayant laissé sa machine cachée dans le bois comme à son habitude, une étincelle , échappée sans doute de quelque foyer intérieur, y met le feu, et l`appareil est consumé entièrement.

On ne saurait trouver un prévision plus approchée d`une invention future. De tels contes ne sont pas indignes de l`histoire de la science, ils montrent le travail de la pensée à la recherche du progrès, l`imagination précédant le fait, et ce long désir de l`esprit qui prépare les découvertes.

Sources: Les Penseurs de l`Islam - Carra De vaux - 1984

!- Le livre des rois, trad. Mohl, t. VII, p. 98-102

2- Histoire de Malek et de la princesse Schirine, formant les jours 22à 29; conte traduit du persan par Cardonne et petit de la Croix.

 

publié par Mona A Sanjakdar dans: Techniques

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